dimanche, 25 octobre 2009

Nos cordes invisibles...

56-298 ane.JPGUn paysan avec trois ânes se rend au marché pour vendre sa récolte. La ville est loin et il lui faut plusieurs jours pour l'atteindre. Le premier soir, il s'arrête pour bivouaquer non loin de la maison d'un vieil hermite.

Au moment d'attacher son dernier âne, il s'aperçoit qu'il lui manque une corde. Si je n'attache pas mon âne, se dit-il, il se sauvera dans la montagne !

Après avoir solidement attaché les 2 autres, il monte sur l'âne et prend la direction de l'hermitage du vieillard. Arrivé, il demande une corde au vieil homme.

Le vieillard n'en a pas, et lui répond : "Retourne à ton campement et comme chaque jour fait le geste de passer une corde autour du cou de ton âne et n'oublie pas de feindre de l'attacher à un arbre."

Perdu pour perdu, le paysan fait exactement ce que lui a conseillé le vieil homme. A son réveil, le lendemain, son premier regard est pour sa bête. Il estt toujours là !

Après avoir chargé les trois baudets, il décide de se mettre en route, mais, il a beau tirer la bête, la pousser, rien n'y fait. Elle refuse de bouger. Désespéré, il retourne voir l'Hermite et lui raconte sa mésaventure.

"As-tu pensé à enlever la corde?" lui demande-t-il.

"Mais il n'y a pas de corde!" répond le paysan.

"Pour toi ! mais pour l'âne...si : "

Le paysan retourne au campement et d'un ample mouvement, il mime le geste de retirer la corde. L'âne le suit sans aucune résistance.

Ne nous moquons pas de cet âne. Ne sommes-nous pas, nous aussi, esclave de nos habitudes, pire, esclave de nos habitudes mentales?

Demandez-vous quelle corde invisible vous empêche de progresser...

mardi, 20 octobre 2009

Lucrèce - De la nature

Si tu possèdes bien ces vérités connues, immédiatement après la nature libre, dépourvue de maîtres orgueilleux, te semble accomplir par elle-même tout de son plein gré sans besoin des dieux. Car j'en atteste les coeurs sacrés des dieux dans leur paix tranquille, qui passent leur temps calmement et leur vie sereinement, qui donc pourrait diriger la totalité de l’immense infini, qui pourrait en gouverner et diriger de sa main les fortes rênes ? Qui donc pourrait faire tourner en même temps tous les cieux, échauffer des feux célestes toutes les terres fertiles, être à la disposition en tous lieux, en tout temps pour faire les ténèbres avec les nuages, pour secouer de son fracas les espaces sereins du ciel, pour envoyer la foudre, pour souvent démolir son temple, et, se retirant dans les déserts y sévir en lançant un trait qui souvent ignore les coupables et tue des innocents qui ne le méritent pas?

de rerum natura, II, 1090-1124

lundi, 24 août 2009

Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947)

56-315 Ramuz.gifPlus j'y réléchis, plus le doute universel me paraït le signe de la vraie sagesse. Le monde ne me semble exister que par les yeux qui le regardent et prend ainsi autant d'aspects qu'il y a d'individus. Autant de cerveaux en travail, autant de points de vue diférents, d'où les objets extérieurs apparaissent transformés au point d'en être méconnaissables. Je ne hasarde plus une opinion de peur d'autrui, qui peut-être n'a pas tort, ne la trouve fausse. C'est se condamner soi-même à un rôle muet et effacé particulièrement ridicule. Mais le moyen de sortir du labyrinthe des déductions logiques, une fois qu'on y est entré, sans avoir à lutter contre sa conscience, contre les sentiments intimes qui vous reprochent votre désertion ? Oeuvres complètes, tome 20, Journal, p. 14

dimanche, 23 août 2009

Michel Onfray

Pour bien calomnier, il faut travestir la réalité, la tordre, lui infliger de légères distorsions, partir du vraissemblable, s'arranger pour qu'il semble véritable. Une hypothèse possible, une volonté de nuire, une perversion, il suffit de peu pour lancer un bruit, constuire la réputation, nuire véritablement, profondément. Car quelques-uns de ces reproches porcèdent de faits avérés, certes, mais mal interprétés à desseins. Les Sagesse antiques, Le Livres de Poche, p. 189

samedi, 08 août 2009

Hegel

Il paraît particulièrement nécessaire de faire de nouveau de la philosophie une affaire sérieuse. Pour toutes les sciences, les arts, les talents, les techniques prévaut la conviction qu'on ne les possède pas sans se donner la peine et sans faire l'effort de les apprendre et de les pratiquer. Si quiconque ayant des yeux et des doigts, à qui on fournit du cuir et un instrument, n'est pas pour cela en mesure de faire des souliers, de nos jours domine le préjugé selon lequel chacun sait immédiatement philosopher et apprécier la philosophie puisqu'il possède l'unité de mesure nécessaire dans sa raison naturelle comme si chacun ne possédait pas aussi dans son pied la mesure d'un soulier .Il semble que l'on fait consister proprement la possession de la philosophie dans le manque de connaissances et d'études, et que celles-ci finissent quand la philosophie commence. On tient souvent la philosophie pour un savoir formel et vide de contenu. Cependant, on ne se rend pas assez compte que ce qui est Vérité selon le contenu, dans quelque connaissance ou science que ce soit, peut seulement mériter le nom de Vérité si la philosophie l'a engendré ; que les autres sciences cherchent autant qu'elles veulent par la ratiocination à faire des progrès en se passant de la philosophie il ne peut y avoir en elles sans cette philosophie ni vie, ni esprit, ni vérité.
Puisque le sens commun fait appel au sentiment, son oracle intérieur, il rompt tout contact avec qui n'est pas de son avis, il est ainsi contraint d'expliquer qu'il n'a rien d'autre à dire à celui qui ne trouve pas et ne sent pas en soi-même la même vérité ; en d'autres termes, il foule aux pieds la racine de l'humanité, car la nature de l'humanité c'est de tendre à l'accord mutuel ; son existence est seulement dans la communauté instituée des consciences. Ce qui est antihumain, c'est ce qui est seulement animal, c'est de s'enfermer dans le sentiment et de ne pouvoir se communiquer que par le sentiment.

mardi, 14 avril 2009

Saint-Cyr

98 Saint-Cyr.JPG

lundi, 16 février 2009

Les Leçons du bonheur

A travers son voyage, Hector note 23 leçons, à chaque fois inspirées par une personne ou une situation.

  1. Un bon moyen de gâcher son bonheur, c’est de faire des comparaisons.
  2. Le bonheur arrive souvent par surprise.
  3. Beaucoup de gens voient leur bonheur seulement dans le futur.
  4. Beaucoup de gens pensent que le bonheur, c’est d’être plus riche ou plus important.
  5. Le bonheur, parfois, c’est de ne pas comprendre.
  6. Le bonheur, c’est une bonne marche au milieu de belles montagnes inconnues.
  7. L’erreur, c’est de croire que le bonheur est le but.
  8. Le malheur, c’est d’être séparé de ceux qu’on aime.
  9. Le bonheur, c’est que sa famille ne manque de rien.
  10. Le bonheur, c’est d’avoir une occupation qu’on aime.
  11. Le bonheur, c’est d’avoir une maison et un jardin.
  12. Le bonheur, c’est plus difficile dans un pays dirigé par des mauvaises personnes.
  13. Le bonheur, c’est de se sentir utile aux autres.
  14. Le bonheur, c’est d’être aimé pour ce qu’on est. Remarque : On est plus gentil avec un enfant qui rit.
  15. Le bonheur, c’est de se sentir complètement vivant.
  16. Le bonheur, c’est de faire la fête. Question : Est-ce que le bonheur, c’est juste une réaction chimique dans le cerveau ?
  17. Le bonheur, c’est de penser au bonheur de ceux qu’on aime.
  18. Le bonheur, ça serait de pouvoir aimer plusieurs femmes en même temps. (gribouillé)
  19. Le soleil et la mer, c’est le bonheur pour tout le monde.
  20. Le bonheur, c’est une manière de voir les choses.
  21. Un grand poison du bonheur, c’est la rivalité.
  22. Les femmes sont plus attentives que les hommes au bonheur des autres.
  23. Le bonheur, c’est de s’occuper du bonheur des autres ?

jeudi, 01 janvier 2009

Bucéphale - Alain - I p.7

56-309 Alex.jpgLorsqu'un petit enfant crie et ne veut pas être consolé, fait souvent les plus ingénieuses suppositions concernant ce jeune caractère et ce qui lui plaît et déplaît; appelant même l'hérédité au secours, elle reconnait déjà le père dans le fils; ces essais de psychologie se prolongent jusqu'à ce que la nourrice ait découvert l'épingle, cause réelle de tout.

Lorsque Bucéphale, cheval illustre, fut présenté au jeune Alexandre, aucun écuyer ne pouvait se maintenir sur cet animal redoutable. Sur quoi un homme vulgaire aurait dit : ” Voilà un cheval méchant.” Alexandre cependant cherchait l'épingle, et la trouva bientôt, remarquant que Bucéphale avait terriblement peur de sa propre ombre; et comme la peur faisait sauter l'ombre aussi, cela n'avait point de fin. Mais il tourna le nez de Bucéphale vers le soleil, et, le maintenant dans cette direction, il put le rassurer et le fatiguer. Ainsi l'élève d'Aristote savait déjà que nous n'avons aucune puissance sur les passions tant que nous n'en connaissons pas les vraies causes.

Bien des hommes ont réfuté la peur, et par fortes raisons; mais qui a peur n'écoute point les raisons; il écoute les battements de son cœur et les vagues du sang. Le pédant raisonne du danger à la peur; l'homme passionné raisonne de la peur au danger; tous les deux veulent être raisonnables, et tous les deux se trompent; mais le pédant se trompe deux fois; il ignore la vraie cause et il ne comprend pas l'erreur de l'autre. Un homme qui a peur invente quelque danger, afin d'expliquer cette peur réelle et amplement constatée. Or la moindre surprise fait peur, sans aucun danger, par exemple un coup de pistolet fort près, et que l'on n'attend point, ou seulement la présence de quelqu'un que l'on n'attend point. Masséna eut peur d'une statue dans un escalier mal éclairé, et s'enfuit à toutes jambes.

L'impatience d'un homme et son humeur viennent quelquefois de ce qu'il est resté trop longtemps debout; ne raisonnez point contre son humeur, mais offrez-lui un siège. Talleyrand, disant que les manières sont tout, a dit plus qu'il ne croyait dire. Par le souci de ne pas incommoder, il cherchait l'épingle et finissait par la trouver. Tous ces diplomates présentement ont quelque épingle mal placée dans leur maillot, d'où les complications européennes; et chacun sait qu'un enfant qui crie fait crier les autres; bien pis, l'on crie de crier. Les nourrices, par un mouvement qui est de métier, mettent l'enfant sur le ventre; ce sont d'autres mouvements aussitôt et un autre régime; voilà un art de persuader qui ne vise point trop haut. Les maux de l'an quatorze vinrent, à ce que je crois, de ce que les hommes importants furent tout surpris; d'où ils eurent peur. Quand un homme a peur la colère n'est pas loin; l'irritabilité suit l'excitation. Ce n'est pas une circonstance favorable lorsqu'un homme est brusquement rappelé de son loisir et de son repos; il se change souvent et se change trop. Comme un homme réveillé par surprise; il se réveille trop. Mais ne dites jamais qu'ils ont tel ou tel caractère. Chercher l'épingle. 8 décembre 1922.

jeudi, 25 décembre 2008

Des caractères - Alain

Chacun a de l'humeur selon le vent et selon l'estomac. L'un donne un coup de pied dans la porte, l'autre frappe l'air par des paroles qui n'ont pas plus de sens que les coups de pied. La grandeur d'âme laisse tomber ces incidents dans l'oubli ; qu'elle les subisse des autres ou de soi, elle les pardonne parfaitement parce qu'elle n'y pense jamais. Mais ce qui est commun, c'est de consacrer l'humeur et en quelque sorte d'en jurer ; c'est ainsi que l'on se fait un caractère ; et de ce qu'on a pris de l'humeur un jour contre quelqu'un, on vient à l'aimer moins. Pardonner à soi en ce sens-là, c'est plus rare qu'il ne faudrait ; et c'est souvent la première condition si l'on veut pardonner aux autres. Au contraire un genre de remords sans mesure est souvent ce qui grossit la faute de l'autre. Ainsi, chacun promène son humeur pensée, disant : « Je suis ainsi. » C'est toujours dire plus qu'on ne sait.

Il arrive que l'on supporte mal les parfums ; cette humeur contre les bouquets et l'eau de Cologne n'est point constante. Mais chercher et flairer le moindre parfum et jurer qu'on en fera migraine, c'est ce qui se voit. On jure de tout, comme de tousser pour la fumée. Chacun a connu de ces tyrans domestiques. Celui qui souffre d'insomnie jure de ne point dormir. Et s'il décrète que le moindre bruit le réveille, le voilà à guetter tous les bruits et à accuser toute la maison. Cela va jusqu'à s'irriter d'avoir dormi, comme d'avoir manqué de vigilance à l'égard de son propre caractère. On fait infatuation de tout, et même de perdre aux cartes, comme j'ai vu.

Il y a des gens qui se mettent à croire qu'ils n'ont plus de mémoire, ou bien qu'ils ne trouvent plus leurs mots. Ici la preuve ne se fait pas attendre, et cette comédie de bonne foi tourne quelquefois en tragédie. On ne peut nier les réelles maladies et les effets de l'âge ; mais les médecins ont depuis longtemps remarqué ce redoutable esprit de système qui fait que le malade cherche les symptômes, et trop aisément les trouve. Cette amplification fait presque le tout des passions et une bonne pari des maladies, surtout mentales. Charcot en vint à ne plus croire du tout ce que ses malades disaient d'elles-mêmes ; et l'on peut affirmer que certaines maladies ont disparu ou presque par l'incrédulité des médecins.

L'ingénieux système de Freud, un moment célèbre, perd déjà de son crédit par ceci, qu'il est trop facile de faire croire tout ce que l'on veut à un esprit inquiet et qui, comme dit Stendhal, a déjà son imagination pour ennemie. Sans compter que les choses du sexe, qui sont le dessous de ce système, sont justement de celles qui comptent par l'importance qu'on leur donne et par une sorte de sauvage poésie, comme chacun sait trop. Et les pensées du médecin ne sont jamais bonnes au malade ; tout le monde le sait. Ce que l'on sait moins, c'est que le malade a promptement deviné cette pensée étrangère et l'a faite sienne, ce qui vérifie aussitôt les hypothèses les plus brillantes. C'est ainsi que l'on a décrit d'étonnantes maladies de la mémoire, où les souvenirs d'une certaine espèce se perdaient ensemble systématiquement. On avait oublié que l'esprit de système est aussi dans le malade. - 4 décembre 1923 - Propos sur le bonheur XXI p. 55

lundi, 22 décembre 2008

Epictète - Ce qui est à toi : l’usage des représentations

Ne t'enorgueillis d'aucun avantage qui soit à autrui. Si un cheval disait avec orgueil : « Je suis beau, » ce serait supportable ; mais toi, quand tu dis avec orgueil : « J'ai un beau cheval, » apprends que tu t'enorgueillis d'un avantage qui appartient au cheval. Qu'est-ce qui est donc à toi ? L'usage de tes idées. Quand tu en uses conformément à la nature, alors enorgueillis-toi ; car tu t'enorgueilliras d'un avantage qui est à toi.

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