samedi, 12 décembre 2009

Fredo l'porteur

Me v'là, c'est moi : Fredo l'porteur.
C'que j'en vois défiler, des gens,
Du matin au soir dans la gare,
Où s'qu'on dit qu'ils sont si bizarre :
Des décidés, des hésitants,
Des pressés, des qui prennent leur temps
Tandis qu'moi, j'prends leurs valises.
Et dans tous ceux-là qui s'en vont,
On n'en voit jamais un qui dise :
" Hé l'porteur, peut-être qu'il trouv'rait ça bon
De monter avec nous dans l'wagon. "
Alors, j'reste Fredo l'porteur.

L'aut'jour, un taxi s'arrete.
Je m'précipite, c'était mon tour.
Bon. J'ouvre la portière, je rentre la tête
Pour bien voir si y'avait du lourd
Et puis, v'là qu'j'aperçois une fille,
Une fille qu'avait tellement d'beauté
Que j'en étais paralysé.
Tout en tremblotant sur mes quilles,
Elle me dit avec un sourire :
" Tenez porteur, prenez tout ça. "

Et moi, comme un mannequin en cire,
J'la r'gardais et puis j'bougeais pas.
J'avais envie d'lui dire :
" Madame, depuis qu'il m'est permis d'rêver,
Depuis que je connais le verbe aimer,
Dans le corps, dans le cœur et puis dans l'âme,
C'est toujours à vous qu'j'ai pensé.
Sûrement que vous étiez l'inconnue,
Celle qu'on arrange à sa façon,
Qui n'refuse rien, qui s'met toute nue
Et qu'a la peau comme une chanson
Dont chaque refrain dirait " je t'aime "
Et je suis là, devant vos yeux,
Vos grands yeux bleus, si grands, si sombres
Qui trouvent le moyen avec tant d'ombre
De rester autant lumineux,
Qu'il faut convenir qu'dans le fond des cieux
La nuit a dû crever son voile
Pour que ses plus jolies étoiles
Dégringolent s'installer chez elle "

Mais la fille m'a interrompu : " Hein ?
Alors l'ami, qu'est ce que vous faites ?
Ça va pas bien, vous êtes perdu ? "
J'lui ai dis " non " en s'couant la tête.
" Bon, alors, " qu'elle a dit, " ça va.
N'attendez pas, prenez tout ça. "
J'ai empoigné les bagages,
Les sacs, les cartons à chapeaux.
J' me suis tout filé sur le dos
Et suis parti dans son sillage,
Vers le wagon capitonné,
Où s'que j'l'ai doucement installée
Pour qu'elle soit bien pendant l'voyage.

Quand elle m'a tendu du pognon,
Sûr'ment qu'elle n'a pas du comprendre
Pourquoi qu'subitement j'ai dit " non "
Et qu'je m'suis dépêché de descendre.
De là, j'suis parti au bistrot,
J'ai bu un coup, deux coups, trois coups,
J'ai bu jusqu'à temps que j'sois saoul.
Puis j'ai expliqué aux poteaux
Les beaux yeux et les ch'veux de ma blonde.
Quand j'ai eu fini d'raconter,
Si vous aviez vu à la ronde
Comment ils ont tous rigolé.
Moi, j'ai rigolé avec eux, hein.
Entre hommes, y fallait ça, c'était mieux.
Mais, c'que ça m'faisait mal de rire,
Surtout que j'pouvais pas leur dire
Que d'un coups, je m' sentais tout vieux
Parc'que moi, Fredo l'porteur,
Je v'nais de faire la plus grande bêtise
En ayant porté la valise
Qui pour toujours emm'nait mon cœur.

samedi, 21 novembre 2009

Jacques Debronckart - La Complainte du P.D.G.

Ils disent que ça sent mauvais autour de mon usine !
Je conteste !
Je dis non !
L'expert n'a rien senti, lui !
Alors, ils ont dit qu'il avait de la sinusite !

Quelle mauvais' foi, hein ?
Ça n'a pas d'nom !
Ah ! je les retiens, mes voisins !
Quand je pense à leurs H.L.M.
Où y-a toujours quelqu'un qui a un chou-fleur à fair' cuire !
Non, ils veul'nt m'emmerder, c'est tout !
Ces gens-là sont tous les mêmes !

J'ai réussi... alors, y peuv'nt pas m'sentir, c'est tout !
Peuv'nt pas m'sentir !
Tenez, j'habite av'nue Mozart,
premier étage au-dessus d'un fleuriste :

Y'a des jours où ça sent très fort le mimosa !
Est-c'que j'en fais un plat, moi ?
Est-c'que j'envoie des pétitions au ministre ?
Mais non : j'prends la voiture... j'vais faire un tour au Bois...

La s'main' dernier', pour faire un test, j'y suis allé, à l'usine :
Je suis resté devant la porte un bon quart d'heure...
Aucun malaise... peut-être un léger
mal de tête... mais quoi, avec deux aspirines,
Pfft ! envolé !... en douceur !
Mais rien n'arrêt' la calomnie !

Du coup, mes ouvriers décrètent
Qu'ils ne veul'nt plus mettre leurs masques à gaz !
Que ça les complexe d'avoir tous la mêm' tête !

Que ça les déprime, que ça les déphase !
Qu'y'a plus d'oiseaux, plus d'mouch's
à trois kilomètres à la ronde ! Et alors ?

Est-c'qu'on a besoin d'mouch's pour travailler ?
On veut des mouch's, maint'nant !
Et pourquoi pas des chais's longues ?

Et des rafraîchissements ?
Des attractions, pendant qu'on y-est ?
Que j'me reconvertisse !

Au fond, voilà ! Voilà leur thèse !
Alors que mon produit est de premier' nécessité !
Sans lui, finie la bonn', la sain', la franch' gaîté française !
Oh ! Mais ça va, j'ai compris : ils sont payés par l'étranger !
Mais je ne cèd'rai pas ! Je tiendrai bon dans la tourmente !
J'appell'rai la Polie' ! l'Armée ! la Marin' ! l'Aviation ! Les Pompiers ! Le Contre-Espionnage !
Et, sous leur protection, J'les fabriqu'rai,

mes boules puantes !

samedi, 17 octobre 2009

Geroges Brassens - Heureux qui comme Ulysse

Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage
Heureux qui comme Ulysse
A vu cent paysages
Et puis a retrouvé
Après maintes traversées
Le pays des vertes années

Par un petit matin d'été
Quand le soleil vous chante au coeur
Qu'elle est belle la liberté
La liberté


Quand on est mieux ici qu'ailleurs
Quand un ami fait le bonheur
Qu'elle est belle la liberté
La liberté


Avec le soleil et le vent
Avec la pluie et le beau temps
On vivait bien content
Mon cheval ma Provence et moi
Mon cheval ma Provence et moi

Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage
Heureux qui comme Ulysse
A vu cent paysages
Et puis a retrouve
Après maintes traversées
Le pays des vertes années

Par un joli matin d'été
Quand le soleil vous chante au coeur
Qu'elle est belle la liberté
La liberté


Quand s'en est fini des malheurs
Quand un ami sèche vos pleurs
Qu'elle est belle la liberté
La liberté


Battu le soleil et le vent
Perdu au milieu des étangs
On vivra bien content
Mon cheval ma Camargue et moi
Mon cheval ma Camargue et moi

jeudi, 15 octobre 2009

Vive la vigne de chez nous ! - Jean Villard

Autrefois, dans les temps antiques
Y avait au bord du bleu Léman
De la terre nue, des rocs, des champs
Et des forêts mélancoliques
Et de braves types un peu froids
Qu'étaient pas encore des Vaudois !

{Refrain:}
Entends-tu le glou-glou dans les verres ?
Entends-tu le joli glou-glou ?
La servante n'est pas sévère
Vive la vigne de chez nous !

Mais un jour, c'est une vieille histoire
Voilà qu'le sire du Châtelard
Qui guerroyait chez les barbares
En revenant couvert de gloire
Voit ses beaux côteaux envahis
Par une étrange maladie

Qu'est-ce que c'est qu'ce fouillis qui pousse ?
Cette espèce de végétation ?
Par saint Saphorin, mon patron !
On se croirait en pleine brousse !
Taillez par-ci, taillez par-là
Et foutez-y des échalas !

{au Refrain}

Mais voilà qu'en sept mois à peine
On voit des milliers de fruits d'or
Dont le jus, sacré nom de sort !
Coule à pleins bords des cuves pleines,
Pour conjurer ce grand fléau
On le canalise en tonneaux !

Dans la nuit - Ah ! La sale histoire !
Le jus se met à fermenter
Tous les tonneaux vont éclater !
Mon Dieu, que faire ? - Il faut le boire !
S'écrient trois héros obscurs
Qui n'avaient pas peur des coups durs

{au Refrain}

Et voilà, ces hommes héroïques
Qui, pour préserver la région
Des risques d'une inondation,
Se mettent à vider des barriques !
Pendant ce temps, la larme aux yeux
Leurs épouses priaient pour eux !

C'est pourquoi, le soir à la brune
On en voit, presque à bout d'efforts
De ces héros, à demi-morts
Marcher en zigzag sous la lune !
Et parfois, même terrassés
Se lever pour recommencer !

{au Refrain}

Ces garçons à la rude écorce
Ils font ça pour nous protéger
On se passerait de manger
Mais pour le boire, l'on se force !
Car ce jus-là, quand on le boit,
C'est lui qui nous fait bons Vaudois !

{au Refrain, x2}

lundi, 24 août 2009

Java, dentelles et falbalas

Viens danser sous les tilleuls
A la lueur des lampions
Aujourd'hui, c'est jour de fête
On danse au son d'accords d'accordéons
Viens danser sous la tonnelle
Mets ta robe à falbalas
Pose donc là ta dentelle
Et viens danser la java

Viens danser sous les tilleuls
À la lueur des lampions
Aujourd'hui, c'est jour de fête
On dansera au son d'accords d'accordéons
Viens danser sous la tonnelle
Et découvre un peu tes bras
On peut rester demoiselle
Même en dansant la java

Mais Gino est arrivé
L'a incitée à danser
Elle n'a plus su ni que dire ni que faire
Elle accepta que de près il la serre
Mais Gino est arrivé
Si beau, si fort, si à l'aise
Un tour de piste et son cœur chavirait
Un autre tour, le premier baiser
Et leurs cœurs chaloupaient en cadence
Un tour de piste et son cœur chavirait
Un autre tour, un autre baiser
Et leurs cœurs chaviraient en secret

Z'ont dansé sous les tilleuls
À la lueur des lampions
Aujourd'hui, c'est jour de fête
On danse encore au son d'accords d'accordéons
Z'ont dansé sous la tonnelle
Z'ont froissé le falbala
Y avait plus de demoiselle
À la prochaine java

Mais Gino a demandé
Si elle voulait l'épouser
Elle n'a plus su ni que dire ni que faire
Elle accepta. Dans ses bras il la serre
Puis Gino l'a emmenée
L'a présentée à sa mère
Un tour de piste et son cœur chavirait
Un dernier tour, un dernier baiser
Et leurs cœurs chaloupaient en cadence
Un tour de piste et son cœur chavirait
Un dernier tour, un dernier baiser
Et leurs mains s'accordaient en secret

Va danser sous les tilleuls
À la lueur des lampions
Aujourd'hui, c'est jour de fête
On danse encore au son d'accords d'accordéons
Va danser sous la tonnelle
Dans ta robe à falbalas
Moi, j'ai repris ma dentelle
La java, c'est plus pour moi

jeudi, 04 décembre 2008

La Suisse - Sarclo

Quelques cabanons barbelés
Du côté de l'aéroport
On n'a pas mis les miradors
Mais il faut sortir pour pisser
Les étrangers qu'ont du pognon
Ils ont le quai Gustave Addor
Secret bancaire, baignoires en or
Inscrits dans la constitution

[Refrain]
Comment faire un pays heureux
En étant si peu chaleureux ?
C'est bien joli, un pays vert
Mais pas tant qu'un pays ouvert
Comment faire un pays honnête
En étant juste à moitié net ?
A toujours tout faire pour les riches
On est juste un pays qui triche
On est juste un pays qui triche

La p'tite vendeuse de la Migros
Peut vraiment rien pour ses impôts
Quand elle a payé son loyer
Elle est simplement lessivée
La p'tite vendeuse de la Coopé
Revérifie sa fiche de paye
Quand elle voit sa pile de facture
Elle trouve la vie carrément dure

[Au refrain]

Parquées dans des salons d'massage
Des lolitas basanées viennent
Astiquer le Suisse de passage
Pour la poésie et l'hygiène
Tandis qu'au palais fédéral
Assis sur des lingots douteux
Les banquiers gardent le moral
Cervin, cor des alpes et ciel bleu

[Au refrain]

lundi, 25 août 2008

Camille, ou la météo marine revisitée

Pour Hector et Pascale, Amber,Tamise, Fanette et sa famille
Finistère rêvé le matin à l’est
Île de Ré 4 à 6
Pique-nique souriant ouest
Vent sud est revenant ouest sur ses fesses à midi près du cap
Pour Fanette ce lundi vent d’ouest récré 3 à 5
Puis fraises et champs 5 à 6
Mère joyeuse en fin d’après midi
Pour Amber et Tamise
Odeur forte
Des pleurs des cris 4 à 6 le soir puis virant nord ouest
Mère calme devenant agitée 6 à 8
Débordée par ses enfants
Des averses des rafales sur lit superposés
Montée cromatique sur Ouessan
Père à l’ouest malgré lui
Venant lui prêter main forte
Molissant 3 à 5 7 nuit sur 7
Revenant sud le matin

jeudi, 14 août 2008

Celui - Marie-Paule Belle

Celui qui ne m'a pas parlé d'amour
M'a plus appris m'a plus donné
Que ceux qui m'en ont trop compté

Celui qui ne m'a pas embrassée
M'a plus donné m'a plus appris
Que ceux qui m'ont trouvé jolie

Celui qui ne m'a jamais caressée
M'a révélé plus de splendeurs
Que ceux qui m'ont offert leur cœur

Celui qui ne m'a jamais fait l'amour
M'a mieux comprise et mieux aidée
Que toi qui prétendait m'aimer

Sans faire un geste sans un bruit
Il m'a découvert des pays
J'ai vu des jardins suspendus

À la beauté de ses mains nues
Il n'est pas de plus pur écrin
Que ses mains qui n'exigeaient rien

Celui qui ne regardait pas mes yeux
Mais le monde autour de nous deux
M'a fait voir qu'il est merveilleux

Celui qui ne m'a pas donné d'enfant
M'a fait aimer tous les mendiants
Les solitaires et les errants

Celui qui ne m'a jamais possédée
Qui n'a pas voulu m'enfermer
Pour qui l'amour est liberté

Celui qui ne m'a pas parlé d'amour
M'a plus appris m'a plus donné
Que toi qui prétendait m'aimer

Est-ce valable pour toutes les femmes ? au quel cas nous avons tout faux !

dimanche, 03 février 2008

J’aime les gens qui doutent - Anne Sylvestre, 1977

J'aime les gens qui doutent56-296 anne.jpg
Les gens qui trop écoutent
Leur cœur se balancer
J'aime les gens qui disent
Et qui se contredisent
Et sans se dénoncer

J'aime les gens qui tremblent
Que parfois ils ne semblent
Capables de juger
J'aime les gens qui passent
Moitié dans leurs godasses
Et moitié à côté

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons…

J'aime ceux qui paniquent
Ceux qui sont pas logiques
Enfin, pas comme il faut,
Ceux qui avec leurs chaînes
Pour pas que ça nous gêne
Font un bruit de grelot

Ceux qui n'auront pas honte
De n'être au bout du compte
Que des ratés du cœur
Pour n'avoir pas su dire
Délivrez-nous du pire
Et gardez le meilleur

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons…

J'aime les gens qui n'osent
S'approprier les choses
Encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être
Qu'une simple fenêtre
Pour les yeux des enfants

Ceux qui sans oriflamme
Les daltoniens de l'âme
Ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poires
Pour que jamais l'Histoire
Leur rende les honneurs

J'aime leur petite chanson
Même s'ils passent pour des cons…

J'aime les gens qui doutent
Et voudraient qu'on leur foute
La paix de temps en temps
Et qu'on ne les malmène
Jamais quand ils promènent
Leurs automnes aux printemps

Qu'on leur dise que l'âme
Fait de plus belles flammes
Que tous ces tristes culs
Et qu'on les remercient
Qu'on leur dise, on leur crie
Merci d'avoir vécu

Merci pour la tendresse
Et tant pis pour vos fesses
Qui ont fait ce qu'elles ont pu…

dimanche, 04 novembre 2007

Confidentiel - Jean-Jacques Goldman

Je voulais simplement te dire http://apu.mabul.org/up/apu/2008/06/29/img-155433ebah9.jpg
Que ton visage et ton sourire
Resteront près de moi sur mon chemin

Te dire que c'était pour de vrai
Tout ce qu'on s'est dit, tout ce qu'on a fait
Que c'était pas pour de faux, que c'était bien.

Faut surtout jamais regretter
Même si ça fait mal, c'est gagné
Tous ces moments, tous ces mêmes matins

Je vais pas te dire que faut pas pleurer
Y a vraiment pas de quoi s'en priver
Et tout ce qu'on n'a pas loupé, le valait bien

Peut-être que l'on se retrouvera
Peut-être que peut-être pas
Mais sache qu'ici bas, je suis là

Ça restera comme une lumière
Qui me tiendra chaud dans mes hivers
Un petit feu de toi qui s'éteint pas.

Toutes les notes