lundi, 30 novembre 2009

Tombe de 4500 ans en Ecosse

En août 2009, 50 archéologues écossais et Écossais non archéologues se rassemblent à Forteviot au centre d'un «henge», un site entouré d'un cercle de pierres ou de pieux de bois. Dans cet ancien lieu de culte contemporain de Stonehenge (vers –2500), ils sont venus assister à la cérémonie la plus sacrée du culte archéologique : l'ouverture d'une tombe inviolée. Les quatre tonnes de la pierre sont soulevées et l'on découvre... un cercueil de pierre sans squelette.

Décevant ? Non, car il y a 4 000 ans, la plupart des tombes sont des fosses, et les constructions funéraires dont le contenu a été préservé sont très rares en Europe. Le contenu de la tombe? Pas grand chose à première vue, sinon des galets de quartz blancs. Le squelette a entièrement disparu, ce qui est la règle dans les sols acides écossais, mais une trainée blanche suggère des résidus humains. Le corps était manifestement couché sur un lit d'écorce de bouleau, dont des restes sont identifiables à l'œil nu. Parmi les nombreux restes organiques qui subsistent, les fragments d'un sac de cuir posés près de la tête, des fleurs, des morceaux d'objets de bois, dont, semble-t-il le pommeau d'un grand poignard de bronze. Celui-ci constitue sans nul doute la pièce la plus spectaculaire, d'autant plus qu'il est accompagné des restes assez bien conservés d'un fourreau de cuir ornementé d'or, une trouvaille unique à ce jour en Europe dans le bronze ancien. L'équipement du défunt comportait aussi un petit couteau de bronze.

Pour les archéologues, un tel contenu organique est bien plus précieux que l'or du fourreau ou le bronze du poignard, étant donné les trésors d'informations qu'ils peuvent en tirer. Les analyses vont maintenant commencer afin de faire «parler» les vestiges, mais il est déjà clair que la tombe est celle d'un personnage très important. Gordon Noble, de l'Université d'Aberdeen et l'un des archéologues qui étudient la tombe, souligne qu'elle a été construite environ 500 ans après le henge, et placée en son exact centre. De fait, la pierre tombale pourrait être une pièce rapportée d'un monument néolithique plus ancien, car, chose rarissime, y est gravé ce qui ressemble à une hache de guerre en pierre flanquée d'une spirale. Près de la tête du mort, deux haches de bronze sont représentées dans la paroi de pierre. Elle confirme le haut rang guerrier du personnage enterré, peut-être lié à la religion d'alors.

Pour les Écossais, même non archéologues, la découverte est notable, car le Duan Albanach, un poème écossais du XIe siècle mentionne la mort au IXe siècle de Kenneth McAlpin, l'un des tout premiers rois écossais, «dans son palais de Forteviot». Or le roi écossais d'origine gaélique, c'est-à-dire irlandaise, avait réussi à imposer son parti et son autorité au conglomérat indistinct et mouvant des tribus pictes, qui ont résisté à tous les envahisseurs depuis l'Antiquité, et descendaient probablement des plus anciens habitants de la Calédonie (l'Écosse d'avant les Écossais). Ainsi, en redécouvrant Forteviot, les Écossais ont probablement situé l'un des hauts lieux de la vie calédonienne, picte puis écossaise durant plus de 3 000 ans…

Denis Diderot

Lu :  Je ne demande pas mieux que d'être heureux. Est-ce ma faute si je ne le suis pas ? Est-ce ma faute si je vois en tout des vices qui y sont et qui m'affligent ? Si toute la vie n'est qu'un songe, qu'un enchaînement d'espérances trompeuses ?

La sirène - René Maltête (1930-2000)

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dimanche, 29 novembre 2009

Ida Dalser

Elle naît en 1880 à Trente, alors partie de l'Empire austro-hongrois, d'un père maire du village de Sopramonte. Elle part à Paris suivre des cours d'esthéticienne avant de retourner à Milan en 1913 où elle ouvre un salon de beauté sur le modèle français. C'est à cette époque qu'elle débute une relation avec Benito Mussolini, dont elle avait toutefois fait la connaissance quelques années auparavant (probablement en 1907-1909) à Trente lorsque celui-ci avait travaillé pour le journal local socialiste Avanti!. Subjuguée par la personnalité de Mussolini, elle décide de vendre tous ses biens pour financer sa carrière et lui permettre de fonder son propre journal, Il Popolo d'Italia qui sera l'organe de presse du parti fasciste italien et le fer de lance de la montée au pouvoir de Mussolini. Dalser et Mussolini se sont probablement mariés religieusement en 1914 avant la naissance de Benito Albino Mussolini le 11 novembre 1915 que le futur Duce aurait officiellement reconnu (bien que les documents aient disparus).

Mussolini, alors qu'il est blessé lors de la guerre et séjourne à l'hôpital de Treviglio, se marie civilement le 15 décembre 1915 avec Rachele Guidi (qu'il connait depuis l'adolescence) et renie sa précédente liaison avec Ida Dalser, et l'existence de son fils. Durant toute sa période d'accession au pouvoir, il cherchera à effacer les preuves de cette union et fera par la suite enfermer Ida dans un asile d'aliénés en 1926 à Pergine Valsugana puis à Venise où elle décèdera en 1937, sans jamais revoir son fils. Benito Albino sera quant à lui strictement reclus en pension au Collège des Barnabites durant toute son enfance et finira également dans un hôpital psychiatrique de Milan où il meurt le 26 août 1942.

Race sans histoire

56-333 Olinder.jpgLe piège raciste fonctionne toujours. On le croit désactivé, réduit à rien par les affirmations répétées des scientifiques, qui ont montré depuis longtemps qu’il n’existe aucune race humaine. Mais ce n’est pas une affaire de savoir ni de raison. La vieille haine trouve chaque fois des habits neufs. Le racisme qu’on espérait mort ressuscite autrement, s’infiltre dans les esprits, empoisonne les discours, criminalise les actes. Car l’idée de race n’est pas une abstraction innocente mais une idée qui tue.

Il est donc essentiel de comprendre, aussi précisément que possible, d’où vient le terme de race, comment il a évolué et cheminé, quels usages en ont fait les lettrés. Et quelles conséquences s’ensuivent. Sur ces différents points, les études de Maurice Olender, devenues pratiquement des références classiques, sont indispensables.

Leur fil directeur : le racisme supprime l’histoire. Dès lors qu’on attribue à la biologie, aux gènes, à la nature, des traits qui relèvent de la culture, de l’éducation, du politique, toute évolution devient impossible, tout changement se trouve exclu. Enfermer l’humain dans une "race", c’est l’assigner éternellement à une place déterminée, l’enclore dans un destin immuable parce que naturel. Les générations pourront se succéder, les siècles s’écouler, l’identité supposée de la race fera croire que renaissent, indéfiniment, les mêmes comportements et les mêmes travers. Et, bien sûr, les mêmes hiérarchies : les races sont des cercles de fer, on ne saurait s’en échapper. Avec une minutie d’érudit, Maurice Olender rappelle comment bien des savants du XIXe siècle - linguistes, historiens, mythologistes - ont participé à l’édification de ces geôles mentales. D’autres, au contraire, s’employaient à scier les barreaux et à rouvrir les portes.

Au fil des chapitres s’éclairent, par exemple, la naissance du couple aryens-sémites au XIXe siècle, les usages politiques abusifs que l’on tenta de faire, au XXe siècle, des mythes indo-européens en détournant l’oeuvre de Georges Dumézil, ou encore la "lucidité intempestive" du grand Marcel Mauss. On fait en chemin toutes sortes de grandes et de petites découvertes : Carl Jung écrivant que "l’inconscient aryen a un potentiel plus élevé que l’inconscient juif", Julius Evola et René Guénon soutenant l’authenticité du Protocole des sages de Sion, Ferdinand de Saussure écrivant de sa main une lettre ignoblement antisémite (sous la dictée de son père, probablement, car rien, dans son oeuvre ni ses archives, ne ressemble à ce texte).

Toutefois, il y a bien plus dans ce recueil qu’une mise en lumière de lignes de fracture de la vie intellectuelle des dernières décennies. Dans cette nouvelle édition - qui reprend la plupart des textes rassemblés en 2005 dans le volume La Chasse aux évidences (éd. Galaade), et ajoute aussi des inédits présents dans la version américaine de l’ouvrage, qui vient de paraître chez Harvard University Press -, Maurice Olender soulève la question du silence d’une génération.

Pourquoi tant d’intellectuels allemands, directement compromis avec le nazisme, ont-ils depuis obstinément fait silence ? Professionnels de la parole, de l’explication, de l’analyse, pour quelle raison sont-ils restés muets, ne répondant pas aux questions qu’on leur posait, ou dissimulant le détail de leur engagement passé ? Olender entame une réflexion sur l’histoire de ces "taiseux" et sur le poids, dans notre présent, de ces archives étrangement blanches. Parmi les cas qu’il examine, Hans Robert Jauss (1921-1997), grand critique littéraire engagé volontaire dans la Waffen SS, que Maurice Olender a interviewé pour "Le Monde des livres" en 1996, mais aussi Martin Heidegger ou Gunther Grass.

On ne saurait oublier les figures amies qui habitent ce livre, comme Léon Poliakov, Pierre Vidal-Naquet ou Jean-Pierre Vernant. Ce que signale la présence de leur nom, mais aussi de leur travail et de leur courage, en filigrane, c’est qu’il y a aussi, dans les combats d’idées comme dans les affrontements physiques, des gens qui ne cèdent pas. Et qui s’obstinent à chercher ce que Poliakov appelait "le secret des bourreaux". Ce secret, ils le traquent, et si possible le dévoilent, continûment. Pour que le piège s’enraye, ou qu’il fonctionne moins bien ? Peut-être. Ou bien, tout simplement, parce que vivre immobile, sans lutte, sans histoire, leur est impossible.

Roger-Pol Droit Article paru dans l’édition du 17.05.09

Denis Diderot

Lu : J'ai été forcé toute ma vie, de suivre des occupations auxquelles je n'étais pas propre et de laisser de côté celles où j'étais appelé par mon goût, mon talent et quelques espérance de succés.

François Mauriac

Dans le doute, il faut choisir d'être fidèle.

samedi, 28 novembre 2009

Matisse (1869-1954)

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Joseph Joubert

Le doute est en effet un état de balancement ou une espèce d'équilibre où les enfants ne peuvent pas se tenir. Carnets.

vendredi, 27 novembre 2009

Boris Pasternak

Lu : (Pour Scriabine) ... tout au monde devait se surpasser pour être soi-même. L'homme, l'activité humaine, devait contenir cet élément d'infinité qui détermine un phénomène et lui donne son caractère. Essai d'autobiographie, Idées Gallimard, p. 35

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