lundi, 31 août 2009

Nu à la fenêtre

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Chambon

dimanche, 30 août 2009

Celeste Albaret

242 celeste_albaret.jpgUne nuit - ce devait être vers la fin de la guerre, alors que j'étais déjà près de lui depuis trois ou quatre ans - il m'a dit :

- Ma chère Céleste, je me demande ce que vous attendez pour écrire un journal.

Moi, je me suis mise à rire :

- Je vois cela, Monsieur. Encore une petite moquerie comme vous aimez à m'en faire.

- Je suis sérieux, Céleste. Personne ne me connaît vraiment, que vous. Personne ne sait comme vous tout ce que je fais, ni ne peut savoir tout ce que je vous dis. Après ma mort, votre journal se vendrait plus que mes livres. Si, si, vous le vendriez comme le boulanger vend ses petits pains le matin, et vous gagneriez une fortune. D'ailleurs, j'irai encore plus loin, Céleste : vous l'écririez, et moi, je vous le commenterais.

Là-dessus, je me souviens de lui avoir expliqué :

- C'est ça, Monsieur ! Vous répétez constamment que vous n'avez pas le temps de faire ce que vous avez à faire, et vous voudriez commenter mon journal par-dessus le marché ! Quand je vous dis que vous vous moquez !

-   Il a soupiré, puis il a dit encore :

- Vous avez tort, Céleste, et vous le regretterez. Vous nn'imaginerez pas le nombre de gens qui viendront vous voir après ma mort, ni qui vous écrifont. Et à ceux-ci, naturellement, telle que je vous connais, vous ne répondrez pas.

Le pire est que tout est vrai. On est venu me voir du monde entier, depuis sa mort. Je continue à recevoir des lettres, auxquelles je ne réponds pas. Mais surtout, je regrette de n'avoir pas tenu ce journal, parce que, principalement s'il me l'avait commenté, j'aurais eu une autre arme que ma parole et ma mémoire pour lutter contre les mensonges, bien ou mal intentionnés, répandus sur son oeuvre et sur lui. Monsieur Proust, Robert Laffont, 1973, p. 162-163

samedi, 29 août 2009

217 : El Païs

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vendredi, 28 août 2009

Avant la pluie !

Poursuivant son interminable voyage, le vent arrive ! Doucement, puis en force, il accompagnera la pluie, il passera et s'en ira. Il emportera au loin nos parfums, nos chants et nos rires ; nous laissera l'envie de courire, de le poursuivre et des regrets de liberté.

jeudi, 27 août 2009

Micheline Bood

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Lundi 1er avril 1940 - Cette fois, c'est décidé! (Et ce n'est pas un poisson d'avril.) J'écris sérieusement mon journal puisque je n'ai personne d'autre à qui me confier. Et tant pis si maman regarde ce cahier. Du reste, je l'emmènerai si j'arrive à me sauver avec Yvette Kerneis et les soldats anglais.

J'ai tout prévu, car j'y pense depuis longtemps. Je n'aurai aucun remords puisque maman sera bien contente. D'ailleurs, elle aura Nicole, ma soeur, pour se consoler...

Quand j'étais petite, chaque fois qu'on m'attrapait, je pensais " Ah, comme je voudrais mourir!" Maintenant, je me dis que c'est lâche. Je ne souhaite plus mourir mais continuer à vivre. Sans elle, bien entendu. Ah! elle serait bien contente si je mourais. Elle le dit bien, parfois : " Ah! mais qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu pour avoir une fille pareille..." Je ne comprends pas les parents qui ont des enfants si c'est pour les rendre malheureux. Moi, je n'en aurai jamais parce que je ne veux pas qu'ils le soient.

Avant, je lui disais tout ce que je faisais. Maintenant, je ne lui dis plus rien. Heureusement, j'ai une grand consolation : écrire. Il y a longtemps déjà que je veux commencer ce journal, mais j'ai trouvé que ce serait plus gentil d'écrire tous les jours à papa, qui est au front, et j'ai un travail fou, avec mes devoirs et toutes les choses à rattraper. .

Journal des années doubles, Robert Laffond, 1974, p. 15

mercredi, 26 août 2009

Friedrich Nietzsche

À L’ÉCOLE DE GUERRE DE LA VIE. — Ce qui ne me fait pas mourir me rend plus fort. Le Crépuscule des idoles : Maximes et pointes

mardi, 25 août 2009

236

Page : http://lise2cc.wordpress.com/2009/08/19/soudain-la-pluie/

Charles Ferdinand Ramuz

12 mai 1903 - Je voudrais que ce journal fût une étude et un exercice pour l'établissement d'un style, qui n'est qu'une manière de voir. Je le sens qui se forme lentement en moi, sans que j'y participe ; car, d'un déroulement lent et sévère de lignes, il ne peut s'appliquer qu'à des choses complexes. Il fuit le présent, reprenant derrière lui de grands objets délaissés et visitant des tombes sous les ombrages ; attentif aux sentiments plus qu'aux sensations ou n'accueillant la sensation que lorsqu'elle est sentiment et tendant toujours à une pensée plastique où se trouveraient réunies comme à leur sommet, par des étapes successives, une perception, une émotion et une idée qui les contient ; mais craintif de toute philosophie et de toute leçon ; ne recherchant que la beauté, jaloux d'elle, jusqu'à ne plus supporter de la sentir distincts, passionné de s'unir et de se réliser. J'obéis à des néessité imprérieuses, ignorant de moi-même et d'où je viens et où je vais ; comme un homme qui se regarde dans les étangs, mais chaque fois le vent souffle, l'eau se ride ; et il continue son chemin. Oeuvres complètes, tome 20, Journal, p. 93-94

Laetitia Casta

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lundi, 24 août 2009

Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947)

56-315 Ramuz.gifPlus j'y réléchis, plus le doute universel me paraït le signe de la vraie sagesse. Le monde ne me semble exister que par les yeux qui le regardent et prend ainsi autant d'aspects qu'il y a d'individus. Autant de cerveaux en travail, autant de points de vue diférents, d'où les objets extérieurs apparaissent transformés au point d'en être méconnaissables. Je ne hasarde plus une opinion de peur d'autrui, qui peut-être n'a pas tort, ne la trouve fausse. C'est se condamner soi-même à un rôle muet et effacé particulièrement ridicule. Mais le moyen de sortir du labyrinthe des déductions logiques, une fois qu'on y est entré, sans avoir à lutter contre sa conscience, contre les sentiments intimes qui vous reprochent votre désertion ? Oeuvres complètes, tome 20, Journal, p. 14

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